Il est très amusant de remarquer que les personnes qui veulent lancer leur site web aujourd'hui font exactement le même chemin, et les mêmes erreurs que nous avons tous fait ou presque lors de la création de nos premiers sites il y a déjà, euh...quelques années.

Des pratiques qui nous semblent absolument à éviter semblent visiblement assez tentantes. Parmi les pièges qui menacent à peu près tous les créateurs de premiers sites, citons entre autres les croyances suivantes :

  • Croire qu'un site "qui bouge" est plus séduisant qu'un site qui propose simplement des contenus ou services sans animation ou effet spécifique. Cette croyance conduit souvent à choisir de produire dès la création un site "en flash", ou encore de placer ça et là des gifs animés. Il se trouve que ces animations placées pour séduire et donner une image dynamique et interactive du site vont agacer la plupart des visiteurs. Après quelques mois, à de très rares exceptions près (des exceptions qui correspondent à des créateurs ayant des moyens ou des compétences très importantes), ces zigouigouis qui bougent ou apparaissent finissent généralement par agacer également les créateurs du site ;-)
  • Oublier d'anticiper les évolutions de contenus, d'architecture et de design : après avoir fabriqué un site, le créateur est souvent très content de son design, voire des interactions qu'il a mis en place. Mais que pense t-on de ces interactions et de ces design après six mois, un an deux ans? Combien de mes lecteurs ont vécu ce rejet, qui fait qu'au bout de quelques temps, le design qu'on trouvait sexy est devenu insupportable ? Et c'est là que les standards, l'évolutivité, et la séparation des contenus et de leur présentation prennent tout leur sens. Le fait de pouvoir faire évoluer un site rapidement et facilement est essentiel, mais combien de refontes ratées sont nécessaires pour s'en rendre compte?
  • La difficulté d'anticiper la vie des contenus du site après qu'il soit mis en ligne : fabriquer un site est facile, amusant, enrichissant et gratifiant. le mettre à jour et le faire vivre est souvent pénible et ingrat. Quoi de plus naturel lors de la création que d'oublier cette phase de vie du site ? Malheureusement, les usagers ne s'intéressent jamais aux sites, et seulement à leur contenu. Vous avez créé un site? C'est bien. Si vous ne le mettez pas à jour, dans la pratique, c'est comme si vous n'aviez rien fait, ou presque.
  • Pour beaucoup de novices, le référencement est quelque chose d'automatique. Il suffit de créer un site pour être référencé. C'est méconnaître le rôle des moteurs de recherche, qui indexent et classent des contenus et non des sites. La méconnaissance du rôle fondamental des contenus est une plaie pour le référencement. Si vous n'avez rien à dire, ce qui est votre droit le plus strict, n'espérez pas que les moteurs de recherche fassent connaître votre parole au monde entier.
  • La méconnaissance de la façon dont les visiteurs consultent un site : un créateur analyse toujours son site à partir de la page d'accueil qu'il a créée. Combien de créateurs de sites anticipent le fait que de très nombreux usagers du site en prendront connaissance en consultant d'abord des pages internes du site. En partant de la page d'accueil, le site se comprend bien. Dès lors, qu'en est t-il de la facilité de navigation sur le site et de la compréhension de l'architecture?
  • La croyance que n'importe quel usager d'Internet peut s'improviser créateur de site. La simplicité apparente de la navigation sur un site cache de nombreuses compétences. Ce n'est pas parce que vous savez conduire une voiture que vous savez la fabriquer. ce n'est pas parce que vous savez naviguer sur un site que vous avez des compétences en ergonomie.
  • La volonté de s'adresser à une cible spécifique : lorsque j'évoque certaines bonnes pratiques comme le fait de placer l'indicatif international pour les numéros de téléphone, on me rétorque souvent que le site s'adresse uniquement à une cible déterminée. C'est également la réponse qu'on me fait lorsque j'évoque les règles d'accessibilité. En fait, cette croyance suppose qu'il est possible de choisir sa cible sur le web. Dans la réalité, de nombreux utilisateurs vous trouvent sans vous chercher, et utilisent votre site alors qu'ils n'en ont a priori pas besoin.

Je pourrais multiplier les exemples, car les pièges sont nombreux, et rien n'est plus facile que d'y tomber : c'est tellement amusant de créer un site et tellement ingrat et difficile de proposer des contenus et des services.

Toutes ces erreurs, les créateurs de sites expérimentés les connaissent. Mais ils ont surtout un énorme avantage par rapport aux nouveaux arrivants : ces erreurs, ils les ont faites, tout au long d'un processus d'apprentissage qui les a conduit à produire deux ou trois versions ou refontes de leur propre site. En résumé, ils ont appris par l'erreur.

Généralement, lorsque je discute avec les nouveaux arrivants, je peux détecter ces erreurs assez rapidement. En revanche, je sais maintenant qu'il est vain et peut-être pas souhaitable d'essayer de faire changer d'avis mes interlocuteurs. C'est la raison pour laquelle à de très rares exceptions près, je n'interviens plus. Je me permets quelquefois de mettre en évidence des risques qui me semblent majeurs, mais le web est ainsi fait qu'il est pratiquement impossible de faire changer d'avis un créateur de site persuadé à tort que créer un site est une chose facile. Finalement, je crois qu'il vaut mieux laisser chacun faire son chemin.

D'ailleurs, après tout, pourquoi des nouveaux arrivants sur le web n'auraient-ils pas le droit de faire leur propres erreurs, leur propre apprentissage ? Quant à nous, qui travaillons depuis déjà quelques années sur le web, sommes-nous vraiment plus à l'abri de ces erreurs que ces nouveaux arrivants ? Certainement pas. Nous faisons également des erreurs, et nous avons même certainement tendance à reproduire les mêmes erreurs que celle que je citais plus haut de manière un peu plus sophistiquée, c'est tout. Combien des vieux briscards du web que je fréquente sont capables de se lancer comme des fous sur un nouveau service web 2.0 bidon, juste pour l'idée et la beauté du sport ?

Le web est comme ça. Il faut des erreurs, des expérimentations. Tout le temps, par tout le monde, Nous assistons à une espèce d'évolution en accéléré, un apprentissage collectif par l'erreur. Cet apprentissage est d'autant plus efficace à titre personnel que les erreurs sont faites par soi-même et non par les autres. Cela peut certes être enrichissant d'observer et de comprendre les erreurs des autres, mais rien ne remplace un bon échec personnel pour apprendre pour de bon.

La seule différence que je vois avec la théorie de l'évolution, c'est que les vieux sites en voie d'extinction, c'est à dire le produit des erreurs que nous faisons tous -et que nous allons continuer à faire- ont une fâcheuse tendance à ne pas disparaître ;-)

P.S. : concernant Joël Ronez, suite à un échange d'e-mail, il m'a outrageusement subtilisé un des plus mauvais jeux de mots qu'il m'a été donné d'infliger à mes contemporains, à la seule fin d'améliorer son positionnement sur Google pour des requêtes inavouables. Pour ne rien arranger, il a été suivi dans son forfait par Padawan. Messieurs, je ne vous félicite pas ;-)